Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Histoires de rythme

Non, ceci n’est pas un billet sur les subtilités polyrythmiques de la musique indienne traditionnelle, je vous le dis tout de suite (sans ambages, même)(pan).

Je jongle, tu jongles, il jongle… L’été est chargé, septembre sera asphyxiant, mais c’est pour la bonne cause (le tout est de s’en persuader), les traductions s’enchaînent voire se chevauchent et elles sont plutôt intéressantes dans l’ensemble. Votre blogueuse dévouée n’a cependant pas travaillé un seul week-end depuis la fin juin, tout va bien, lecteur inquiet pour mes bonnes résolutions de ce blog, et s’il est à peu près certain que le troisième week-end de septembre sera travaillé, je reste dans les clous, ouf.

Le problème, dans tout ça, ce sont ces histoires de rythme (ouais, on y arrive déjà, dès le 3e paragraphe, ce blog fait des progrès). Parce qu’en augmentant, dans les dernières années pré-Organisation, la part de la traduction audiovisuelle dans mon activité, et en augmentant par là même la part des traductions pour la Chaîne Kulturelle qui me fait vivre, je me suis habituée à un certain rythme et à avoir en moyenne trois-quatre semaines de boulot devant moi avec des commandes qui occupent grosso modo une (parfois petite) semaine. Soit un rythme de « moyen terme », disons, globalement régulier malgré des urgences occasionnelles, cela va de soi, ainsi que des relectures et petits sous-titrages de programmes courts à caser par-ci par-là.

Il fut un temps (didascalie : l’emploi du passé simple s’accompagne toujours, chez votre blogueuse dévouée, d’un ton grandiloquent et d’un ample mouvement de la main tenant la clope du moment) où j’équilibrais à peu près traduction dite technique et traduction audiovisuelle. L’époque où Client D. me confiait dans les 10 000 mots (automobiles) par mois répartis en commandes de longueur variée, l’époque encore plus lointaine où je travaillais avec des agences de traduction qui me proposaient régulièrement entre 1 000 et 4 000 mots à traduire en 24 ou 48h, l’époque où Client B. m’appelait pour des projets relativement ennuyeux de cinq à dix feuillets (financiers) sur deux ou trois jours, et où Cliente A. me gratifiait de textes ne dépassant pas quelques pages, mais proportionnellement trèèèèès longs à traduire, pour sa thèse. Bref, une autre époque.

Et je me rends compte que si je voulais vraiment là, maintenant, essayer sérieusement de décrocher des contrats de traduction pour l’édition, par exemple, je serais bien embêtée. Parce que l’édition, c’est plutôt du « long terme ». Une fois que tu as ton gros bouquin à traduire, pour peu que tes délais ne soient pas extrêmement généreux, tu peux difficilement continuer à enchaîner les documentaires à côté. Ça fait tout de même quelques mois bien bloqués, où tu es obligé d’envoyer gentiment paître tes clients réguliers (sans parler du fait qu’il faut commencer par apprendre à le gérer, le délai « long terme », ce qui est moins évident qu’il n’y paraît). Et de la même façon, si je me dégotais, là, maintenant, une bonne agence de trad (hahaha) susceptible de me confier des commandes régulières, je serais tout aussi embêtée, parce que les agences, à l’inverse, c’est plutôt du « très court terme ». Caser 3 ou 4 000 mots au pied levé quand tu as un documentaire en cours, c’est faisable. Mais quand tu jongles déjà entre deux ou trois commandes simultanément, ça devient impossible à faire régulièrement, parce que les deux-trois jours que tu vas leur consacrer, à ces 3-4 000 mots, vont te manquer cruellement pour le reste.

Le seul client en traduction dite technique avec lequel je continue à travailler régulièrement depuis que j’ai abandonné mon statut libéral début 2011, est sans surprise un client qui fonctionne lui aussi en « moyen terme » : des rapports/études/articles/publications planifiés suffisamment à l’avance pour qu’on ne soit pas en rythme « court terme », des textes parfois copieux mais suffisamment raisonnables pour qu’on ne soit pas en rythme « long terme ». Idéal à caser dans mon emploi du temps, en somme (youpi).

Mais plus le temps passe, plus j’abandonne du coup le projet de me re-diversifier du côté de l’édition (comme je l’avais envisagé en 2011) ou de repartir en chasse d’agences correctes (hahaha) – pour changer, pour répartir les risques, que sais-je. Et vous, vous faites comment ?

(Source)

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