Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

De l’autre côté du miroir (ou : une traductrice au Sunny Side)

Sunny Side of the Doc, c’est terminé. Votre blogueuse dévouée a passé quatre jours fort agréables à respirer le bon air de La Rochelle (qu’est-ce que c’est mignon, La Rochelle) sous un chaud soleil d’été et, accessoirement, à entendre parler de la production documentaire du moment. Mais le bilan, alors ?

C’était la première fois que je me rendais dans ce genre de salon professionnel – car c’est un gros salon professionnel, Sunny Side, pas un festival au sens classique du terme. D’ailleurs, son petit nom est « marché international du documentaire » (et non « paillettes, stars, champagne et tapis rouges ») et son site nous annonce d’emblée qu’il s’agit d’un événement destiné à « promouvoir la coproduction et faciliter les relations commerciales entre les sociétés de production et les diffuseurs ».

Le programme de conférences, ateliers, projections & co. était très riche (il est détaillé par là) et l’accréditation de quatre jours généreusement cofinancée par la Scam permettait d’accéder à peu près à tout, à l’exception de quelques manifestations « sur invitation » (merci la Scam, encore une fois, insérer ici de petits cœurs attendris). J’ai adoré cette plongée dans l’actualité du documentaire : les présentations de projets en cours de production, les conférences de presse, les ateliers sur les nouvelles écritures, les débats sur l’avenir de tel ou tel genre documentaire, les chouettes projections… C’était une excellente façon de sortir de mon petit maillon traductionnel le plus souvent cantonné à la postproduction (donc à des documentaires étrangers déjà terminés et achetés par une chaîne pour diffusion en France) et de prendre un peu la température de la production (c’est-à-dire des documentaires qui sont en train de se faire, rappel par là). L’occasion de prendre un peu de hauteur, si si.

Pour un condensé de l’actualité de la Scam au Sunny Side, c’est par là.

Les séances de « pitch » m’ont particulièrement passionnée : une boîte de production ou un réalisateur a quelques minutes pour présenter son projet, généralement dans l’espoir de convaincre de nouveaux partenaires pour boucler son financement. Une rangée de décideurs donne ensuite son avis, pose des questions, souligne les points forts et les écueils potentiels du projet, exprime des doutes, promet sans promettre. Passionnant, donc, de découvrir ces beaux docus en devenir et intéressant d’apprendre qu’ils n’auront pas les faveurs de tel ou tel diffuseur international « parce qu’on n’a pas de case pour ce genre de programmes » (bouh) ou au contraire de sentir un début d’enthousiasme et de curiosité dans les propos du représentant de telle ou telle chaîne (youhou).

« Pitching session » pour les docus arts et culture (source)

Mais, me direz-vous (je vous entends d’ici, ne le niez pas), quel est le bilan pro de cette petite escapade rochelaise ?

Parlons prospection : j’ai eu du mal, beaucoup de mal, je ne vous le cache pas. Je prendrai le temps d’étudier de près le catalogue des accrédités et leurs projets en cours pour (re)nouer contact, mais je m’en veux surtout de n’avoir pas pris ce temps avant pour mieux cibler les personnes et les entreprises intéressantes (je le savais, mais le mois de juin a été trop mouvementé à tous égards pour ça)(ce qui n’est cependant pas une excuse, screugneugneu). Et quand j’aurai enfin récupéré mon affiliation Agessa, je commencerai par chercher une formation à la prospection directe, parce qu’il va bien falloir finir par y arriver, boudiou. Certes, j’ai laissé mes jolies cartes de visite à droite à gauche, certes, j’ai retrouvé un ancien client qui avait l’air surpris de me voir là et content d’apprendre que j’étais à nouveau free-lance, mais dans l’ensemble, c’était laborieux, ma timidité naturelle n’étant pas aidée par ce sentiment permanent d’être un OVNI au Sunny Side.

Car il faut bien dire que les traducteurs de l’audiovisuel m’ont semblé briller par leur absence et que je me suis sentie assez seule avec mon badge « Traductrice de documentaires », perdue entre les boîtes de production du monde entier, acheteurs, diffuseurs et autres institutions prestigieuses. C’est dommage, car après tout, ces acheteurs internationaux seront amenés à un moment ou à un autre à les faire traduire, ces docus. Et bon nombre de sociétés de production françaises sont présentes, soit des entreprises susceptibles de faire appel à des traducteurs (sans même parler des diffuseurs, mais la chaîne de sous-traitance étant ce qu’elle est dans la traduction/adaptation audiovisuelle, leur cas est plus complexe).

Bref. Il y aurait peut-être moyen de faire entrer cette dimension dans le marché international du documentaire, mais pour cela, il faudrait vraisemblablement être plusieurs (et plusieurs moins tétanisés que moi à l’idée d’aller parler à des inconnus, je veux dire). Alors qui vient, l’an prochain ?

J’ajoute un point « budget », pour les curieux et les hésitants : une accréditation à 60 euros, 240 euros d’hébergement pour quatre nuits (le petit studio loué par l’intermédiaire d’Airbnb, que je testais pour la première fois, m’a donné toute satisfaction) et 230 euros de train pour faire Strasbourg-La Rochelle avec une escale à Paris, cela représente au total grosso modo l’équivalent d’un documentaire de 43 minutes correctement payé (oui, je raisonne comme ça), ce qui me semble un investissement très raisonnable (sachant, pour la prochaine fois, que la première nuitée n’était pas nécessaire, le festival démarrant en réalité le lundi à 14h, et que j’aurais pu et dû m’y prendre plus tôt pour réserver mes billets de train).

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