Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

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Enfin, enfin, mon planning se calme un peu et j’ai le temps d’écrire quelques lignes sur 101 Things a Translator Needs to Know, cet ouvrage collectif arrivé dans ma boîte aux lettres (très aimablement envoyé par Chris Durban) par une belle journée d’avril alors que je revenais d’un déjeuner en terrasse avec une consœur pas vue depuis un moment : il y a des jours, comme ça, où on a envie de chantonner « Perfect Day » en bouquinant au soleil. C’est ce que j’ai fait. Enfin, sur mon canapé. Et en chantonnant dans ma tête (j’ai pitié pour mes voisins).

Alors, de quoi s’agit-il ? Tout le monde en parle Toute la blogosphère en parle Tous les traducteurs en parlent Les traducteurs de ma timeline Twitter ainsi que pas mal de blogs de confrères en parlent depuis quelques semaines déjà, donc ne nous attardons pas sur les généralités : ce petit ouvrage est signé par un groupe de professionnels de la traduction cumulant à eux tous « plus de 500 ans d’expérience » (dixit la présentation en quatrième de couverture), parmi lesquels on retrouve Chris Durban qu’on ne présente plus, Steve Dyson, Nick Rosenthal ou Ros Schwarz – en somme, que du beau monde.

Quant à la forme, tout est dans le titre : « 101 things », 101 courts articles (un ou deux paragraphes généralement) qui sont autant de petites pépites, de conseils avisés, de grands principes ou de réflexions de bon sens concernant notre métier. Thèmes abordés ? Un peu de tout : le quotidien du traducteur, ses débuts, ses compétences, sa prospection, sa clientèle, sa pratique de la traduction proprement dite, le champ est très large. La force de ces petits chapitres réside dans leur concision : pas de fioritures, pas de superflu, pas de gras, efficacité maximale. Du point de vue de la logorrhéique qui vous parle, c’est assez étourdissant : combien de séances de travail (collectives, qui plus est !) pour parvenir à cette prose taillée au cordeau ? L’ensemble n’a pourtant rien d’austère : lire un anglais précis et riche à la fois fait toujours plaisir et puis si vraiment, vraiment on a envie d’un peu de distraction, il y a aussi des illustrations. Faisons une courte pause ici : quand je dis « des illustrations », je veux dire, oui, 101 illustrations. 101 illustrations sur la traduction, un des métiers peut-être les plus difficiles à illustrer (j’ai un billet en gestation sur le sujet depuis des lustres). Elles sont signées Catherine A. Hiley, dont le site présente plein de jolies choses, allez voir !

101 Things a Translator Needs to Know, c’est aussi (surtout, dirais-je)(mais pas que quand même) « Professional Translation 101 » (oui, elle est facile), en somme le B.-A.-BA. Mais pas un B.-A.-BA bébête, plutôt de bonnes bases solides pour partir du bon pied dans une carrière de traducteur. On appréciera à ce titre les rappels sur la fiabilité des dictionnaires, les cas où il est possible voire indispensable de dire « non », le recours à la traduction automatique (et à l’aspirateur de textes potentiellement confidentiels qu’est Google Translate), l’évolution des technologies, les agences de traduction douteuses, la tarification, les différence de règles et d’usages en matière de ponctuation d’une langue à l’autre, la recherche de musicalité dans le texte cible, sans oublier l’importance d’une prospection ciblée et professionnelle.

Du côté des bonnes idées pour professionnels en exercice, j’ai bien aimé les passages concernant la spécialisation en traduction, le dialogue avec le client permettant de définir ses besoins réels, l’accent mis sur la valeur ajoutée (sonnante et trébuchante) d’une bonne traduction, la réflexion sur le non-dit dans les documents à traduire et les petits détails qui font qu’une traduction sera parfaitement adaptée à son usage (voire meilleure que le texte original, comme on le constate souvent). Une phrase du chapitre 66 rappelle que le traducteur est un « arbiter of the movement of languages accross boundaries », jolie formule qui synthétise assez bien me semble-t-il l’esprit général de l’ouvrage : ami traducteur, quelles que soient ton expérience et ta bouteille, le professionnel, c’est toi. Tires-en toutes les conséquences en matière de déontologie, de compétences, de prospection, de relations-clients, d’utilisation des outils à ta disposition, de responsabilité, etc.

Par ailleurs, bien vu pour le mini-chapitre consacré au sous-titrage, que je reproduis ici car son titre et son illustration sont déjà une ode à notre métier. Il rappelle s’il le fallait (et manifestement, oui, il le faut) que le sous-titrage est une spécialisation à part entière qui ne s’improvise pas
:

Au passage, si Jan Ivarsson ne fait pas partie des joyeux contributeurs recensés à la fin de 101 Things, le titre de ce chapitre rappelle l’accroche fort bien trouvée de son site (et la couverture de son ouvrage Subtitling – A Handbook of an Art, lis-je ailleurs, mais je ne l’ai jamais eu entre les mains) :

Mais je m’égare. Parlons peu, parlons bien. 101 Things a Translator Needs to Know, publié par le WLF Think Tank, « compiled and edited by Ian Hinchliffe, Terry Oliver and Ros Schwarz », est disponible chez lulu.com. Pour lire quelques extraits, c’est par là. On trouvera un autre avis assez développé sur cet ouvrage chez JALTranslation. Bonne lecture, bonnes traductions !

Publicité éhontée : Vous avez vu ? Le top 100 des blogs de professionnels des langues remet ses compteurs à zéro. Allez y jeter un coup d’œil, il y a plein de gens sympathiques dans la liste, notamment Bahan et le blog de l’ATAA ! Et on peut voter aussi pour les pages Facebook et les comptes Twitter consacrés à la traduction. Zou !

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