Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Bien chers Messieurs de net-entreprises.fr

Bien chers Messieurs de net-entreprises.fr,

J’ai inscrit il y a quelques jours mon autoentreprise de traduction macramé fraîchement créée sur votre site, qui permet de faire ses déclarations sociales en ligne.

Et pas plus tard qu’aujourd’hui, voilà que je reçois trois lettres de votre part : une à mon nom à moi, une adressée à « Monsieur le représentant légal » et une à « Monsieur le chef d’établissement ».

C’est très gentil à vous de m’écrire, mais du coup, pauvre dinde que je suis, me voilà bien embêtée (c’est comme ça, vous savez, quand on n’est déjà pas sûre d’avoir une âme : on a tendance à paniquer).

S’agissant de la lettre à « Monsieur le représentant légal », dois-je la transmettre à l’un de mes frères ? En effet, je ne suis pas mariée (ah, jeunesse d’aujourd’hui) et mon père n’est malheureusement plus de ce monde. L’aîné de mes frères étant aussi mon parrain, ce serait sans doute le choix le plus judicieux : il gère en effet tous mes avoirs depuis mes 18 ans et me verse un peu d’argent de poche chaque mois pour que je puisse m’acheter des chaussures et du maquillage (dans les limites du raisonnable, car vous savez comme on est dépensières, nous les filles, hihihi). Je préférerais toutefois avoir votre confirmation.

En revanche, je ne sais vraiment pas à qui remettre l’autre lettre. Vous semblez penser que j’ai embauché d’emblée un « Monsieur le chef d’établissement » pour faire tourner mon entreprise. Heureusement que vous m’ouvrez les yeux : je vois bien que j’ai eu tort d’imaginer pouvoir gérer moi-même cette autoentreprise sans l’appui d’un mâle (ce n’est pas comme si c’était mon métier depuis dix ans). Mais je vous avoue que je n’avais pas envisagé un tel développement de cette petite activité annexe à laquelle je ne puis consacrer beaucoup de temps (mes matinées sont très occupées par l’animation du club de broderie de la municipalité, l’après-midi, je joue au bridge en buvant du thé avec mes copines, comme tout le monde, et le reste du temps, bien sûr, je fais la cuisine). Me voilà donc plongée dans un océan de perplexité.

Merci d’avance de voler au secours de la faible femme toute désorientée qui vous écrit. Et merci, surtout, d’œuvrer comme l’indiquent vos jolies enveloppes à la « modernisation des déclarations sociales » : grâce à vous, on se sent vraiment au XXIe siècle.

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