Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Vigilance potage
(Une brève)

Souvent, votre blogueuse dévouée s’interroge sur la condition humaine de l’étudiant apprenant le français. Qui est-il ? Quels sont ses réseaux ? Comment lui apprend-on ce qui se dit et ce qui ne se dit pas ? Quid de ces bizarreries linguistiques françaises que je suis personnellement bien incapable d’expliquer autrement que par : « Ça se dit comme ça parce que ça se dit comme ça. Épicétou. » ? Et surtout, comment apprend-il à faire la part des choses, à employer les quasi-synonymes comme il le faut alors que la différence de sens qui les sépare est minime (mais essentielle) et grandement fonction de l’usage ? Pour moi qui ai longtemps regretté de ne pas avoir opté pour une formation en FLE (français langue étrangère) et qui n’exclus pas de reprendre un jour des études dans ce domaine, c’est un vaste mystère passionnant (si si).

Et c’est la raison pour laquelle je m’interroge, quand je constate que dans l’onglet « synonymie » de l’excellent dictionnaire du CNRTL, on trouve, à l’entrée « seulement » :

« Pour tout potage », donc. Et en bonne place, encore, hein, avant « juste » ou « exclusivement ».

Une expression pratique à caser dans la conversation, facile à comprendre, passe-partout, en un mot : idéale.

OK, il suffit d’aller chercher du côté de Molière et de quelques-uns de ses contemporains pour la retrouver, avec des exemples en situation.

Elle est au demeurant répertoriée dans le Dictionaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes de toutes les sciences et des arts d’Antoine Furetière, daté de 1690 :

Et le Dictionnaire de l’Académie française la recense également (mais un peu plus tard, en 1762), alors c’est dire si c’est du connu, hein :

Et oui, certes, bien sûr, admettons, concédons-le, l’expression veut grosso modo dire « seulement ». Mais il y a tout de même dans ce potage de quoi laisser perplexe tout élève ou étudiant étranger apprenant le français, non ? Bêtement, je l’imagine déjà en bonne place dans une dissertation littéraire après consultation consciencieuse du dictionnaire du CNRTL (car l’élève ou étudiant étranger apprend aussi, sans aucun doute, que le français supporte mal les répétitions et qu’il convient donc de varier les plaisirs en cherchant des synonymes) : « Notre analyse portera pour tout potage sur le premier chapitre de l’œuvre qui est le plus caractéristique du point de vue de la description des sentiments.« .

Hihi. (Je suis fatiguée, il m’en faut peu, pardonnez-moi.)

Bonus en forme de détail rigolo, je note que c’est une expression employée par… Mélenchon (trois occurrences différentes, tout de même, sur son site). L’ancien professeur de français et correcteur (dixit Wikipédia) connaît manifestement ses classiques, lui.

Rendons à César : c’est Collègue D., un peu surprise par cette découverte sur le portail du CNRTL, qui l’a partagée à la machine à café. Je la lui pique sans vergogne.

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