Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Quel conjoint de traducteur êtes-vous ?
Le quiz de Noël

C’était il y a un mois, Ma voisine millionnaire, traductrice-blogueuse bien connue, publiait un nouveau billet de sa série « Vivre avec un traducteur » : « Le mimétisme au quotidien« . J’ai écrit comme une boutade dans un commentaire qu’il faudrait faire un quiz de ce billet, elle a dit « chiche », et c’est ainsi qu’est né le premier billet à quatre mains Ma voisine millionnaire/Les piles intermédiaires, après une intense séance de brainstorming IRL au Starbucks de Montparnasse, quelques trajets en train bien employés et un efficace peaufinage par téléphone. Le billet est publié simultanément sur les deux blogs.

Verdict de cette grande première historique (n’ayons pas peur des mots) ? Pour le contenu, à toi de voir, lecteur traducteur ou conjoint de traducteur de ce blog. Pour le reste, on a bien rigolé et c’était une bonne façon de terminer cette année bloguesque. On recommence quand tu veux, Voisine !

Sa culture si vaste, sa curiosité exacerbée, sa capacité d’évoluer en différentes langues comme un caméléon et son charme mystérieux ont fait chavirer ton cœur. Un traducteur ou une traductrice est entré(e) dans ta vie, mêlant son univers au tien. Depuis, de nouveaux mots résonnent à tes oreilles : glossaire, mémoire, VOST, interprète… Es-tu sûr de ce que cela veut dire ? À quel point connais-tu le traducteur de ton cœur et son métier ? Pour le savoir, munis-toi d’un papier et d’un crayon, fais ce test infaillible élaboré par deux expertes incontestées des relations entre traducteurs et reste du monde et découvre quel est ton profil !

1. Tu es en vacances à l’étranger. Depuis le début du séjour, à chaque fois que tu manges au restaurant avec ta moitié,

A. Tu demandes le menu dans la langue locale, que tu ne parles pas, mais c’est tellement plus fidèle à la culture locale (et puis les menus sont si souvent mal traduits !).

B. Tu réclames un menu en anglais dans l’espoir de ne pas finir avec des rollmops dans ton assiette en croyant avoir commandé une tomate-mozza.

C. Tu exiges une carte en français. Ne me dites pas qu’il n’y a pas moyen de faire traduire trois plats en français à Oulan-Bator.

2. Face à la notice de montage « translated in China » de ta penderie « made in China »,

C. Tu t’arraches les cheveux et manges ton tournevis après avoir vainement tenté de suivre les suites de mots dénuées de sens qui composent les instructions.

A. Tu relèves le défi – tu adores les jeux de piste – et commences par remplacer toutes les occurrences de « noix » par « écrou » : tout de suite, c’est déjà plus clair.

B. Après dix minutes de fou rire, tu scannes la notice pour l’envoyer à l’administrateur du groupe « Traductions de Merde » sur Facebook. La penderie, tu la monteras au feeling, comme d’hab.

3. Au travail, on te demande de faire traduire un document en allemand,

C. Aucune hésitation : Google Translate va faire ça très bien en moins de deux et puis ça n’a pas besoin d’être parfait, hein, l’important c’est qu’on comprenne ce que ça veut dire.

B. C’est Corinne ou Inge qui traduit vers l’allemand ? Tu demanderas ce soir à l’élue de ton cœur, elle a bien une copine traductrice qui doit pouvoir faire ça.

A. Tu te rends dare-dare sur le site de la SFT pour consulter son annuaire de professionnels, sans oublier de sélectionner la bonne spécialisation.

4. Tu t’apprêtes à acheter Les aventures d’Arthur Gordon Pym, d’Edgar Allan Poe, pour l’offrir à ta moitié,

A. Tu vérifies que c’est bien Charles Baudelaire qui l’a traduit.

C. Il n’est pas français, Edgar Allan Poe ?

B. Tu le prends en anglais pour être sûr de ne pas commettre d’impair.

5. Cette « TAO » dont te parle sans cesse ta moitié, à ton avis, c’est :

C. Sans doute une abréviation utilisée par les adeptes du taoïsme. D’ailleurs cela t’étonne qu’elle ne te parle pas plus souvent de cet engagement spirituel et philosophique dans sa vie.

B. Manifestement un truc « assisté par ordinateur », mais quoi ? Ce n’est pas ce logiciel qui traduit à sa place ?

A. Ce logiciel qui tantôt lui fait gagner du temps, tantôt lui arrache une bordée d’injures multilingues dignes des meilleures répliques du capitaine Haddock.

6. Et ce Dragon dont elle parle beaucoup aussi et qu’elle affirme avoir dressé, qui est-il vraiment ?

C. Un ami imaginaire du nom d’Elliot qui lui tient compagnie, égaye ses longues journées et lui permet manifestement d’assouvir ses fantasmes de domination.

A. Un ami pas si imaginaire que ça qui écrit tout ce qu’elle raconte, abrège ses longues journées et lui permet d’avoir vaguement l’impression d’avoir triomphé de la Machine.

B. Une saga de fantasy ou un jeu vidéo quelconque qu’elle doit être en train de traduire (mais ça fait trois ans qu’elle en parle, quand même).

7. Soirée en amoureux, tu l’emmènes au ciné voir le dernier James Bond,

A. Tu laisses le choix à ta linguiste : préfère-t-elle apprécier le jeu des acteurs et la qualité des sous-titres ou savourera-t-elle le doublage réalisé par ses collègues ?

C. Il n’est pas français, James Bond ? Lire les sous-titres, c’est fatigant, tu optes pour la version française.

B. Tu choisis prudemment une VOST, ça vous permettra à tous les deux de travailler votre anglais.

8. Quand ta douce, traductrice vers le français, t’annonce avec une pointe d’énervement qu’on vient de lui proposer une traduction vers l’anglais,

C. Tu as beau chercher, tu ne vois vraiment pas où est le problème.

A. Tu t’esclaffes d’un air outré : c’est parfaitement ridicule !

B. Tu sens que cette histoire de langues lui tient à cœur et la soutiens, mais finalement, tu ne sais toujours pas pourquoi elle refuse de traduire vers l’anglais alors qu’elle le parle parfaitement.

9. En traversant le salon, tu remarques que ta moitié a laissé traîner un dictionnaire.

B. Tu n’y touches pas, jamais, pas question, même pas avec des gants. Elle a l’air d’y tenir, à ces trucs-là.

C. Ah, justement, tu cherchais quelque chose d’un peu épais pour caler l’étagère du garage (et ton crâne n’était pas disponible).

A. Tu feuillettes amoureusement les 1 250 pages et découvres au passage une foultitude de termes de pétrochimie dont tu ne soupçonnais même pas l’existence.

10. Pour la première fois depuis que tu la connais, ta moitié vient de passer deux heures à te questionner passionnément sur ton métier en prenant des notes.

C. Flatté, tu te dis que tu fais décidément un boulot formidable et que tu as un don inné pour faire rêver.

A. Il t’a fallu deux minutes top chrono pour comprendre qu’elle vient de recevoir un texte à traduire sur ta spécialité hyper pointue, mais tu joues le jeu de bonne grâce.

B. Craignant d’en avoir trop dit, tu ne fermes pas l’œil de la nuit. Va-t-elle rester avec toi, maintenant qu’elle sait à quoi tu passes vraiment tes journées ?

11. Noël approche et tu n’as toujours pas de cadeau pour ton traducteur préféré :

B. Tu vas voir ton libraire de quartier et lui demandes un bon ouvrage sur la traduction. Tu ressors avec le célèbre livre de David Bellos, une valeur sûre.

A. Rusé, tu fouilles dans ses favoris, visites quelques blogs de traduction et découvres ce billet. Parfait, voilà un cadeau auquel il ne s’attendra pas !

C. Pff, c’est toujours galère les cadeaux… Il aime bien les bouquins, un bon cadeau Amazon fera bien l’affaire…

12. Les vacances avec ta traductrice chérie, c’est

C. Sea, sex and sun ! Pour toi, c’est ça la vraie vie. Puis ça fera du bien au cachet d’aspirine qui te sert de compagne.

B. Sea, sex and sun, mais tu sais qu’au bout de deux jours, ta chère et tendre ne tiendra plus en place. Tu prévois quelques visites culturelles pour vous imprégner des particularités de la Martinique, ainsi que la visite d’une rhumerie et d’une plantation.

A. « Ah bon, il y a des plages en Martinique ? » Tu aurais dû t’en douter quand ta compagne s’est mise à apprendre le créole pendant une heure par jour pour pouvoir discuter avec les habitants. Entre les visites guidées et l’exploration des supermarchés, tu as de quoi donner des leçons à tes collègues sur l’économie locale.

13. Au lit, tu lis distraitement en espérant secrètement t’attirer les faveurs de ta moitié. Quelle est ta stratégie ?

C. Tu feins d’avoir trouvé une erreur de traduction dans ton livre. Manque de bol, l’auteur est français.

B. « Dis donc, il est si bien ton livre de cuisine que tu le lis au lit ? » cette question fort avisée est à double tranchant :

  • elle se lance dans une longue démonstration pour t’expliquer que Le poisson et le bananier est un chef d’œuvre sur la traduction.
  • attendrie par tant de naïveté, elle décide de poser son livre.

A. Tu prends ton bouquin du moment et déniches une erreur de traduction : « T’as vu cette faute ? Tu ne l’aurais jamais laissé passer toi ! » C’est gagné !

14. À quoi serais-tu prêt pour les beaux yeux de ta traductrice d’amour ?

C. Passer une soirée avec ses collègues traducteurs, sans comprendre les trois quarts de la conversation, à hocher poliment la tête en souriant et à répondre à des milliers de questions sur ton métier technique.

A. Vivre à Berlin alors que tu ne parles pas un mot d’allemand. Après tout, les voyages forment la jeunesse et tu apprendras sur le terrain, il n’y a rien de mieux que l’immersion linguistique.

B. Te remettre à l’anglais que tu as un peu délaissé depuis le lycée. Plus pratique pour les nombreux séjours et voyages à l’étranger que tu fais avec elle.

15. Il est 20 heures. Rentrant après une longue journée de travail, harassé, tu n’as qu’une envie, mettre les pieds sous la table et te détendre. Pourtant, le repas n’est pas prêt, il faut mettre une machine et passer l’aspirateur.

C. « Sérieusement ? JE bosse toute la journée et rien n’est fait quand je rentre alors que tu es là toute la journée ? »

B. Tu t’interroges, comment fait-il pour jeter chaque jour ½ kg de marc de café dans la poubelle ? Et le chat, passe-t-il vraiment ses journées entières sur son clavier ?

A. « Chéri, et si on prenait quelqu’un pour faire le ménage ? Tu pourrais continuer à travailler dans un endroit propre et rangé et on profiterait mieux de nos soirées ! »

16. Si on te dit ATLF, ATAA, SFT…

C. ALAT, TSFA, TAAS… C’est pour un test de logique ? Il semblerait que la lettre T soit le point commun, mais que signifie-t-elle ? Tatouage ? Twist ? Tarama ? Taxidermie ?

B. La SFT, c’est une sorte d’amicale qui organise le café où elle va le samedi matin… Que signifient les autres sigles ?

A. Ce sont les principales associations professionnelles de la traduction. Tu le sais bien, les indépendants doivent aussi s’unir pour représenter et protéger leur profession.

17. Ton conjoint traducteur t’annonce qu’il a installé Antidote sur ton PC.

B. Quelle bonne idée, quelle gentille attention, voilà qui te permettra de passer tes mails importants au correcteur d’orthographe avant de les envoyer.

A. Pas un mot n’échappe aux griffes du filtre québécois, tu l’as installé sur tous tes ordinateurs.

C. Ça a l’air sympa, un logiciel qui s’appelle Antidote, mé kel é le poason k’il é sensé combatre ?

Tu as une majorité de A

De deux choses l’une, soit tu es traducteur (ha ha, petit cachotier, tu pensais naïvement ne pas te faire pincer), soit bravo : tu es à l’écoute, en empathie, en un mot tu frôles la perfection. Ou alors tu lis nos blogs et nous ne pouvons que te féliciter. En somme, tu es le conjoint de traducteur idéal. Tu as su apprivoiser les petites bizarreries du monde de la traduction et ton esprit curieux a fait le reste : cultures exotiques, langues étrangères, étymologies surprenantes, questions linguistiques absconses, accents incompréhensibles, tout cela t’interpelle, te nourrit, te réjouit. Rassure-nous : tu n’envisagerais pas une reconversion dans la traduction, par hasard ? Blague à part, prends garde tout de même à ne pas te laisser phagocyter par la passion pour les langues de ta moitié traduisante et à garder ta personnalité !

Tu as une majorité de B

Elle a beau te plaire, la moitié traduisante de ton cœur t’impressionne. Pas de panique, c’est sans doute parce que ta connaissance du merveilleux monde de la traduction est encore parcellaire. On voit bien que tu es motivé, mais que certains enjeux t’échappent. Alors, fonce, fais connaissance, tu n’en comprendras que mieux les états d’âme et les petits bonheurs de ta conquête. Au passage, tu apprendras plein de choses et amélioreras peut-être même tes connaissances en langues étrangères : tout bénèf, en résumé. Abonne-toi par exemple aux flux RSS de quelques-uns des blogs suivants pour découvrir toute la richesse de l’univers des traducteurs : L’autre jour, Babeliane Traductions, Bahan, El Dorado à Paris, Intercultural Zone, Ma voisine millionnaire, Naked Translations, (Not Just) Another Translator, Les piles intermédiaires, La poutre dans l’œil ou encore Les recettes du traducteur. Et si tu préfères la BD, va chez Mox !

Tu as une majorité de C

Si tu n’as pas répondu au second degré, ne nous voilons pas la face, tu es un cas délicat. Serais-tu fermé à tout ce qui touche aux langues en raison d’un traumatisme de la petite enfance ? Es-tu plutôt un doux rêveur qui vit dans sa bulle et préfère se préserver de cette passion dévorante que semble susciter le métier de traducteur ? Ou te passionnes-tu pour tout autre chose, ce qui fait que tu as du mal à t’intéresser à la passion d’un(e) autre ? Peu importe la raison, il est grand temps que tu te prennes en main et que tu combles tes lacunes. Avant d’aller te plonger dans les blogs conseillés aux B, inscris-toi à la conférence Tralogy au CNRS le mois prochain. Meuh non, c’est une blague. Pour commencer, deux conseils : écoute, questionne. Entraîne-toi par exemple à poser cette question chaque soir quand tu rentres du travail : « Bonsoir chéri(e), qu’est-ce que tu as traduit de beau aujourd’hui ? » Tu verras, ce sésame tout simple fait des miracles.

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