Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

ImpÉcr #15
The Browning Version (2/2)

Reprenons.

Donc, les sous-titres parlent de traduction, et nous avons laissé le mois dernier notre universitaire proche de la retraite en pleine discussion sur la licence du traducteur avec le jeune collégien Taplow.

C’est dans cette même scène que l’on entend parler pour la première fois d’une traduction d’Agamemnon entamée par le vieux professeur lui-même dans sa jeunesse. Lequel vieux professeur laisse pendant quelques instants transparaître son bonheur d’helléniste et son plaisir de traduire. Si si, on en a presque la larme à l’oeil.

« Presque plus belle que l’original ? » Mazette, on parle d’Eschyle, tout de même. On se dit que c’est dommage que cette traduction ait disparu de la circulation.

Et là, miracle du 7e art, figurez-vous qu’elle réapparaît justement, cette fameuse traduction, au moment où le professeur fait ses cartons (comme quoi, quand on range peu, on retrouve des choses d’autant plus intéressantes).

Mais ce n’est pas tout. Après la traduction à vue de l’élève Taplow (voir l’épisode précédent) et la traduction « très libre » du maître, voilà que l’élève dégote une autre version d’Agamemnon (une traduction qu’il juge « pas terrible ») et l’offre au maître. La voilà, la fameuse « version de Browning » qui donne son titre à la pièce et au film.

Du coup, le professeur est tout content de son petit cadeau et en parle à un de ses collègues (qui accessoirement est l’amant de sa femme, mais c’est une autre histoire.)

Et comme c’est un perfectionniste, ce professeur-traducteur (oh, tiens, c’est étonnant, ça), il rectifie, quelques minutes plus tard :

Dernière scène du film, pour finir : l’élève Taplow a subtilisé la traduction d’Agamemnon réalisée par Crocker-Harris dans sa jeunesse et l’a lue en cachette. Et elle déchire sa mè…, pardon, elle bat Browning à plates coutures.

Sans doute le plus beau compliment dont est capable Taplow. Tout est bien qui finit bien.

En résumé, The Browning Version n’est certes pas un film sur la traduction, mais il est suffisamment rare d’entendre disserter sur la traduction dans un film (même brièvement) pour le mentionner ici… La traduction y est tout à la fois un révélateur de la personnalité atypique de Taplow et du vieux professeur, un vecteur de la passion naissante du collégien pour la littérature et un rappel des années plus fantaisistes (ou idéalistes ?) du maître, et enfin, une école de rigueur. Qui dit mieux ?

Comme ces excellents sous-titres, pour une fois, sont signés, eh bien je suis en mesure de signaler qu’ils sont l’œuvre d’Éric Bigot et d’Yves Tixier.

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