Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Mes JO, mon Tour de France, mon Euro à moi

– Alors, Les Piles, où en êtes-vous ?

– Hff-hff, à la quatrième, hff-hff, j’ai dépassé la moitié, hff-hff.

– On vous sent essoufflée, arrêtez-vous un peu.

– Hff-hff, OK, hff-hff.

– Comment ça s’annonce, quel est votre rythme ?

– Je me rends compte qu’il est difficile de dépasser trois épisodes par jour quand on a des horaires de bureau à respecter.

– Cette prise de conscience est rude à encaisser ?

– J’avoue que oui, car j’ai mis du temps à m’en apercevoir. Ces derniers mois, j’avais des choses à faire le soir, des cartons à vider, du rangement à finir, des clous à poser.

– Ah, je comprends mieux. Pour la saison 2 de The Killing, la saison 4 de Damages ou l’intégrale en deux saisons de Life on Mars, autant de défis que vous avez relevés depuis votre arrivée à Luxembourg, vous vous sentiez moins limitée, tout simplement parce que vous ne visiez pas un tempo aussi soutenu.

– Exactement.

– On comprend bien l’enjeu de cette montée en puissance. Tenez bon. Parlez-nous de votre défi du moment : Oz. Là, on est loin de la saison unique ou d’une petite intégrale en deux saisons. Quel est votre secret, pour ce marathon de six saisons (dont une double) ? Je rappelle pour nos lecteurs que cela nous mène à 56 épisodes de 55 minutes. 56 épisodes, que vous entendez terminer pour… ?

– La mi-août au plus tard. Je préfère ne pas donner de date plus précise, je suis superstitieuse. Je suis par ailleurs extrêmement handicapée par mes week-ends, moment de la semaine où, bêtement, j’ai une vie.

– Des contraintes drastiques qui vous ralentissent, on l’a bien compris. D’un autre côté, je me suis laissé dire qu’une trachéite vous avait tenue au lit un week-end complet, dernièrement : avez-vous pu compenser votre retard (tout relatif, s’entend) à cette occasion ?

– Quelque peu, oui. La fièvre et le mal de tête ont toutefois eu raison des objectifs très ambitieux que je m’étais fixés.

– Et au quotidien, ça se passe comment ? Je veux dire, quels sont vos petits trucs pour avancer régulièrement ?

– C’est difficile à dire, je n’analyse pas précisément mes performances. Un jour peut-être, je ferai appel à un coach pour améliorer ma façon de procéder, mais je reste pour l’instant dans la catégorie amateur.

– Ah, vous ne voulez pas livrer vos secrets !

(Rires)

– Bon… Ce n’est pas très original, mais je pratique la technique du générique accéléré, par exemple.

– Ah oui, un grand classique : au bout d’un certain nombre d’épisodes ou de saisons, si la musique du générique ne change jamais, le spectateur se lasse, devient impatient, voire est saisi d’un sentiment de malaise.

– Voilà, je vois que vous connaissez bien le problème. D’où le visionnage du générique en accéléré pour éviter ces différents symptômes qui risqueraient de freiner mon enthousiasme et donc de plomber ma moyenne. Évidemment, il ne faut pas s’endormir sur le bouton « avance rapide » de la télécommande, sans quoi on a vite fait de louper le début de l’épisode. Précision et concentration sont les maîtres mots.

– Fascinant. Et avez-vous une méthode pour lutter contre le côté hautement déprimant de la série du moment ?

– Vous faites allusion au fait qu’Oz est hyper glauque, de plus en plus violente au fil des saisons et tend à me rendre sérieusement claustrophobe ?

– Exactement. Quel est votre truc pour éviter la dépression ? Le Prozac ?

– J’avoue que j’y ai pensé, mais mon esprit sportif m’empêche de sauter le pas. Certes, une intégrale d’Oz est nettement moins réjouissante qu’une saison de The Big-Bang Theory, mais ce n’est pas une raison pour tomber dans la facilité. Je crois à certaines valeurs, je refuse le dopage à la première difficulté, je préfère prendre sur moi. Et puis le côté sordide de la série est tout de même contrebalancé par le rinçage d’oeil systématique qu’elle offre (tout un concept : des mecs baraqués à moitié à poil la plupart du temps).

– Bel esprit qui vous honore. Êtes-vous du genre monomaniaque ? Je veux dire, est-ce qu’il y a de la place pour autre chose à côté de la série du moment ?

– C’est une vraie question stratégique : comment ménager des respirations dans le processus, tout en entretenant l’envie de continuer et sans risquer de perdre le fil. J’ai fait une pause entre les saisons 3 et 4. L’occasion de regarder un film ou deux pour casser un peu le rythme. Je ne suis pas loin d’envisager de visionner les trois épisodes de la mini-série Sherlock entre les saisons 4 et 5, par ailleurs. Mais attention, on prend un gros risque au-delà de deux soirées d’arrêt, il faut en avoir conscience.

– Tout cela est donc soigneusement pensé, bravo. Un petit mot sur l’étape du jour ?

– Rien à signaler. La ration habituelle de trois épisodes, bon enchaînement, bonne concentration sur l’intrigue, arrêt sans douleur, aucune sensation de manque, vraiment une étape sans histoires comme on aimerait en vivre plus souvent.

– On vous envie cette régularité, ce ton presque blasé et cette très grande modestie à un tel niveau de compétition, c’est admirable. Et la suite, Les Piles, parlez-nous de la suite.

– La suite ?

– Le prochain tchallènndge ! Nos lecteurs sont impatients d’en savoir plus.

– Ah, j’ai quelques pistes, aucune certitude pour l’instant.

– Allez, une petite idée.

– Bon… Luther et Boardwalk Empire tiennent la corde, je dois dire. Mais le prochain gros, gros morceau, je ne peux pas vous dire ce que ce sera.

– Même pas une petite idée ?

– Peut-être Battlestar Galactica, mais j’ai du mal à me rendre compte si ça va me plaire ou pas, vu mon faible attrait naturel pour la science-fiction. Donc je ne m’engage pas, pour l’instant. J’aimerais aussi me replonger dans une série plus ancienne, je ne suis pas fixée. Et puis il ne faut pas perdre de vue les saisons à paraître de séries déjà bien entamées. Genre la 5 de Mad Men à l’automne.

– Rhôlàlà, votre vie est formidablement palpitante, Les Piles.

– Ah oui. C’est vraiment ce que je me dis tous les jours, en ce moment.

Bonne nuit les petits.

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