Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

« Un goût incertain » ou un lecteur au pays des traducteurs

Il ne faut pas croire, il n’y a pas que des traducteurs qui lisent Les piles. Il y a aussi Clément (et d’autres, hein, si si), qui s’intéresse à plein de choses et même à la traduction. Grand merci à lui pour ce billet cinéphile et surtout japonisant – une première par ici, je crois bien – qui concentre en quelques lignes un bon échantillon des problèmes que le sous-titreur croise au quotidien…

Je ne suis pas traducteur, j’ai plutôt du mal avec les langues, particulièrement avec leur aspect normatif, mais je suis un lecteur fidèle de ce blog : pas besoin d’avoir du talent pour apprécier celui des autres. J’ai eu envie d’écrire ce billet après avoir vu un film japonais. Un billet qui vous montrerait, chers traducteurs, que le lecteur peut avoir l’envie irrésistible de remonter à la source et de comparer le résultat de votre travail au texte original. J’ai par exemple acheté la version originale d’Un tout petit monde de David Lodge à cause de la phrase : « la Jugoslavian Airlines (dont l’acronyme JAT veut dire jamais a temps)… » traduite par Maurice et Yvonne Couturier de « … JAT stands for joke about time ».

Le film japonais Kiseki* (miracle) dont le titre est traduit en français par « I wish » met en scène deux jeunes frères séparés par le divorce de leurs parents, vivant de part et d’autre de l’île Kyushu. Ils apprennent qu’on achève la construction de la ligne TGV qui traverse l’île, et pensent que, comme les étoiles filantes, l’énergie dégagée lorsque deux trains se croisent à grande vitesse permettra de réaliser leurs vœux. Dans l’espoir de revivre ensemble, ils organisent une fugue avec leurs amis à l’endroit où se croisent les trains. On découvre les désirs secrets de chacun et on suit leur aventure dans un pays où ils ne risquent rien, leur seule angoisse est de se faire ramener chez eux par la police. Le film porte un regard tendre et touchant sur le monde de l’enfance.

Le grand-père des garçons fabrique des gâteaux traditionnels et demande à l’aîné s’ils sont bons. L’enfant lui répond qu’ils ont un « goût incertain ». Contextuellement, on devine que le garçon les trouve fades mais ne veut pas blesser son grand-père. Je me demandais quelle subtilité le traducteur devait rendre avec ce « goût incertain », et j’ai donc demandé à une collègue japonaise un commentaire sur le dialogue original. Un effet comique est obtenu par la répétition de cette réponse à divers moments du film. Ces gâteaux sont en quelque sorte un rite de passage.

Voici sa réponse :

Bon appétit et courez voir ce film délicieux !

* : de Hirokazu Kore-eda.

Merci Clément ! Et merci à votre collègue pour cette explication de texte. En prime, voici la recette des karukan sur cuisine-japonaise.com (on contribue comme on peut quand on n’y connaît rien, hein).

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