Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Comment, oui, comment porter le slim en imitation peau de serpent ?

Si j’avais pu, j’aurais plutôt fait blogueuse mode influente, dans la vie. Quitte à sortir dans mon jardin (car j’aurais eu un jardin, il faut ce qu’il faut) par -3° l’hiver pour prendre des photos inspirées de moi, moi et encore moi, bleue de froid mais souriante, arborant la it-tenue du moment. Quitte à écrire le plus sérieusement du monde des phrases du genre « très tendance, ce blazer mi-rock mi-working girl », ou « la jupe asymétrique déstructurée sera définitivement le basic de l’été », voire « ce tour de cou douillet et soooo British est le petit plus irrésistible pour une tenue très lookée ». Quitte à faire des billets sponsorisés et à ajouter « billet sponsorisé » au bas desdits billets sponsorisés. Quitte encore à lancer de fiévreux débats de société tels que « pour ou contre le glitter ? », « comment porter le slim en imitation peau de serpent ? », « oserez-vous l’imprimé panthère ? » (NON) ou « marinière : l’éternel retour ? ». Quitte enfin à prodiguer moult conseils avisés pour assortir au mieux son blush à sa paire de sandales à talons compensés et éviter ainsi la faute de goût. Mais quitte, SURTOUT, à me faire offrir un perfecto par Brooklyn Bridge Factory en 2011 (je vous jure, elles en ont toutes reçu un l’année dernière, les blogueuses mode influentes) (TOUTES) (au moins).

Oui mais voilà, la mode et moi, ça fait deux – voire beaucoup plus si l’on tient compte de ma passion aussi inexplicable qu’anachronique pour les jeans pattes d’eph – du coup j’ai choisi de centrer stratégiquement ce blog sur des sujets moins fondamentalement éloignés de mes domaines de compétence. Ça m’évite entre autres de devoir expliquer à mon toubib que si j’ai attrapé une pneumonie, c’est parce qu’il fallait impérativement que j’immortalise mon nouveau short sequins pendant une averse de grêle (si comme moi tu ignorais l’existence du short sequins il y a deux secondes, lecteur pas blogueuse mode influente de ce blog, va voir ici à quoi ça ressemble) (c’était définitivement le basic de l’automne 2009) (je m’en veux d’être passée à côté).

C’est vraiment un mauvais choix de créneau, à bien y réfléchir, le blog de traduction. Non seulement les éditions Robert ne m’envoient pas les nouvelles versions de leurs dictionnaires à chroniquer en avant-première et en exclusivité mondiale, non seulement Trados ne me propose pas un pont d’or en échange d’une bannière publicitaire (et on se demande bien pourquoi), non seulement je ne noue pas des partenariats trop de la balle avec Ninsight pour offrir à mes lecteurs une réduction royale de 5% sur la prochaine mise à jour de son si performant logiciel de sous-titrage, mais en plus, je dois aussi attendre les promos et autres soldes comme tout le monde pour m’acheter un cuir Brooklyn Bridge Factory. L’arnaque sur toute la ligne, cette histoire.

C’est donc ce que j’ai fait : les soldes chez Brooklyn Bridge Factory. Le blouson est arrivé, il est doux, il a une belle couleur prune, il porte une étiquette made in China, il est fort heureusement à ma taille, je l’aime déjà beaucoup.

Alors bien sûr, je pourrais chercher où est la fonction retardateur sur mon appareil photo, m’installer sur mon balcon en béton qui donne sur la rue (coucou, les voisins), faire semblant de ne pas regarder l’objectif pour une photo d’un naturel désarmant et vous gratifier fièrement d’un cliché au cadrage approximatif avec une tête de lampadaire en arrière-plan. Mais pour être franche, il fait un peu frisquet, je sors d’une angine et j’ai perdu le mode d’emploi de l’appareil photo. C’est l’autre inconvénient à ne pas être blogueuse mode influente : on est bêtement frileuse quand il s’agit d’étrenner des tenues de mi-saison au coeur de l’hiver. Vachement moins motivée pour prendre des photos sous la grêle avec un short sequins (pardon, je ne m’en remets pas). Le temps 1. qu’il fasse beau 2. que j’aie un jardin sous la main 3. que j’aie aussi l’appareil photo sous la main 4. que je dépasse le sentiment de léger ridicule (qui certes, ne tue pas, mais quand même) à demander à The Man ou à toute autre personne (non, à la réflexion, il n’y a vraisemblablement qu’à lui que je pourrais le demander) de me prendre en photo dans mon nouveau blouson, il y a fort à parier que le blouson ne sera plus neuf et que la mode sera passée à autre chose.

(Finalement, Brooklyn Bridge Factory a peut-être eu raison de ne pas m’offrir un perfecto.)

Vous ne m’en voudrez pas, hein. C’est par contre l’un des avantages du blog de traduction : la température extérieure et l’éphémère retour en force des imprimés python ont finalement assez peu d’incidence sur ce qu’on peut écrire. Et la mode aux anglicismes dans le vocabulaire vestimentaire, elle, semble suffisamment indémodable pour que je puisse attendre un peu avant de lui consacrer un hypothétique billet.

Brrrr et bon week-end.

Pour vous occuper au coin du feu, je vous recommande chaudement (haha) trois tests incontournables chez Marie-Claire (ils sont à la hauteur de leurs titres) :
Savez-vous éviter les fashion faux-pas ?
Connaissez-vous les must-have du dressing automne/hiver 2012 ?
Parlez-vous fashion ?

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