Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

[akro]

Je me retiens, pourtant. Si si, je vous jure que je me retiens depuis… mars 2010, tiens. Je me retiens régulièrement de hurler, voilà, c’est dit, alors que j’assiste jour après jour à d’innombrables crimes linguistico-syntaxico-orthographiques, le mot n’est pas trop fort (même s’il n’existe pas), commis au nom de… de quoi, d’ailleurs ?.

Mais un peu comme pour la confusion dénoter/détonner que je dénonçais avec un courage rarement égalé il y a près de deux ans, voici un truc qui m’exaspère tellement que tiens, me suis-je dit l’aut’jour, je vais passer une heure à faire des captures d’écran horripilantes et rédiger un billet défouloir sur le sujet.

Accro/accroc, le voilà, le coeur du problème (je le dis sans ambages)(chuis comme ça, moi)(cash).

Elle est sournoise, cette confusion, parce que contrairement au duo infernal dénoter/détonner, elle passe inaperçue à l’oral. C’est-à-dire que tu peux très bien sympathiser avec quelqu’un en papotant dans une soirée en tout innocence, et recevoir un beau jour un mail d’une fourberie inouïe disant quelque chose comme : « LOL ! Com je sui trop accroc à cet série ! », mail qui va brutalement détruire le frêle édifice de l’amitié qui commençait à peine à sortir de terre (non, Copine W., ce n’est pas pour ça que je n’ai pas répondu à ton dernier mail, inutile de vérifier ce que tu m’as écrit)(et sinon, je suis une fille hyper ouverte et pas sectaire du tout, hein)(il faut me croire)(IL LE FAUT).

Elle est sournoise, disais-je, et du coup, elle se glisse partout. Je veux dire, VRAIMENT PARTOUT (et putain, quand j’écris en capitales, c’est que j’en ai gros sur la patate, croyez-moi).

Je dis halte, c’en est trop.

Et je ne suis pas la seule à dire halte, sachez-le bonnes gens, non je ne suis pas folle. Regardez bien le dernier article, celui de Libé : un seul internaute a publié un commentaire à son sujet et devinez comment débute ledit commentaire, hmm ?

Ha !

Pardon, la satisfaction sadique m’égare.

Parallèlement à ces « accroc à/au/aux« , il y a aussi des variantes avec « accroc de(s)« , bien sûr. Elles semblent un peu moins fréquentes dans les médias soi-disant d’une certaine tenue (encore que), mais fleurissent à qui mieux mieux sur les blogs et les forums.

Omniprésente, donc, la confusion. Omniprésente et insupportable. Pour citer Jeff Lebowski citant George Bush père : This aggression will not stand.

Il est temps de rappeler ici l’essentiel :

accro : nom ou adjectif signifiant dépendant, drogué, passionné.

accroc : nom désignant une déchirure, au sens propre comme au sens figuré, et par extension, un incident.

Petite mise en application illustrée et vivante :

Bon, mais pourquoi est-ce important de ne pas confondre « accro » et « accroc », me direz-vous ?

(Là, je réprime un soupir et je cherche une raison autre que « PARCE QUE C’EST MARQUÉ DANS LE DICTIONNAIRE, BORDEL ! » et sachez-le, quand j’écris en capitales… ah non, vous le savez déjà.)

Eh bien parce que si on confond les deux, on risque de donner une interprétation erronée à certaines phrases qui sont pourtant parfaitement bien orthographiées.

L’addiction à la maison et aux bleuets : des pathologies mal connues qui font pourtant des ravages.

Et je passe sur le cas Fillon. Hihi.

C’est bon, c’est noté ? N’y revenez pas, hein.

Et puis la prochaine fois, je crois qu’il va vraiment falloir parler de côte/cote/cotte/cot-cot-cot.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Hit Enter