Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Ravages des traductions relais (ou médiocrité culturelle ambiante, faut voir)

Je suis passée devant cette affiche à plusieurs reprises dans le métro ces derniers temps (oui, car je suis encore très parisienne malgré mon récent déménagement, lecteur tout perdu de ce blog, d’ailleurs j’étais à Paris pas plus tard qu’avant-hier rapport au fait que c’était l’anniversaire de The Man – joyeux anniversaire, mon amour – et qu’il était impensable de louper ça, tu l’auras bien compris, lecteur compréhensif de ce blog, même au prix d’une parenthèse interminable que je ferais bien quand même de penser à refermer à un moment ou à un autre, tiens, par exemple maintenant) en me demandant ce qui clochait.

« Le Lac des cygnes de Piter Tchaïkovski. »

Piter…

Mais pourquoi Piter, en fait ?

On l’a toujours appelé Piotr, à ce que je sache, non ? (Пётр, quoi !) Alors Pierre, si on veut, à la limite, mais pas Piter, non-non-non.

J’ai réfléchi. Intensément. Pendant 2 min 30 au moins.

Je n’ai trouvé qu’une explication foireuse. Ou deux. Ou trois, tiens.

La troupe du Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre, quand elle est programmée quelque part en dehors de la Russlandie, elle envoie un dossier de presse bilingue, moitié en russe, moitié en anglais.

(Si ça se trouve.)

Dans le dossier de presse en anglais, les gens de la Russlandie, ils ont traduit Пётр par Peter.

(Peut-être.)

Les gens du Palais des Congrès, ils ont pris le dossier de presse en anglais et ils ont transcrit Peter en Piter.

(Non, ça ne tient pas debout.)

Ou alors, les gens du Palais des Congrès, ils communiquent exclusivement par téléphone et en anglais avec les gens de la Russlandie.

(Improbable, mais pourquoi pas.)

Et bon, le Palais des Congrès, leur créneau habituel c’est plutôt les congrès annuels de proctologie, pas tellement la danse classique.

(Ça, par contre, c’est indéniable.)

Du coup, quand on leur annonce en anglais un ballet de « Peter Tchaikovsky » entre un salon de la voiture de collection et le quinzième concert d’adieu d’Aznavour, ils transcrivent en phonétique. Et ça donne Piter, quoi.

(Non ?)

Ou alors, il y a un compositeur contemporain qui a pris le pseudo de Piter Tchaikovski et qui a composé un nouveau Lac des cygnes.

(Je ne sais pas pourquoi, j’y crois moyennement.)

Bon, bref, ils sont nuls.

En bonus : Le Lac des cygnes réinterprété par les Ballets Trockadero de Monte Carlo et ses hommes en tutu aussi balèzes que rigolos, que votre blogueuse dévouée a loupés à Paris en 2009 et aimerait bien voir un jour en vrai.

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