Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

L’émotion du premier

Mon premier bouquin en yiddish est arrivé dans ma boîte aux lettres. Ne nous emballons pas, c’est un conte pour enfants bilingue car pour l’instant, je ne suis pas capable d’ânonner grand-chose d’autre (et je n’ai pas de dictionnaire).

(Admirez le titre, mesdames et messieurs.)

Mais blague à part, c’est toujours une grande émotion (non ?), le premier livre qu’on découvre dans une langue étrangère – et ce, quel que soit son niveau de difficulté, son intérêt ou son degré de sophistication. C’est même un souvenir impérissable, je trouve, beaucoup plus marquant en tout cas que les magazines type Vocable ou I Love English dont je ne me souviens que très vaguement alors que je les ai soi-disant lus pendant plusieurs années.

Le premier bouquin en anglais que j’ai eu entre les mains, c’était The Apprentices, de Leon Garfield. Bouquin qui appartenait à Frère L., lequel ne l’a je crois jamais lu mais en avait hérité un peu par hasard, parce que mes parents avaient rencontré Leon Garfield à je-ne-sais-plus-quelle-occasion et avaient rapporté un livre dédicacé pour leur fiston fan de cet auteur. Mais c’était un peu ardu pour moi, The Apprentices, et je me souviens qu’après quelques pages, j’ai laissé tomber. Du coup le premier livre en anglais que j’ai vraiment lu était une édition de Boy et de Going Solo de Roald Dahl (que je connaissais par coeur en français, c’était donc un peu de la triche), achetée chez Waterstone’s à Cork quand j’avais une treizaine d’années.

Côté allemand, ça s’est aussi passé en deux temps. Quand j’avais 9 ou 10 ans, la copine de l’époque de Frère B., laquelle parlait allemand plus que couramment, m’a offert Max und Moritz, un conte pour enfant très connu en Allemagne – mais écrit en vers et datant du XIXe siècle, accessoirement. Comme cette sympathique jeune femme se préoccupait de mon éducation linguistique (et je crois qu’elle était à peu près la seule à le faire à cette époque – rendons-lui hommage, je lui dois tout), elle l’avait lu gentiment avec moi en m’expliquant ce que je ne comprenais pas (et il y avait du boulot). Plus tard, plus prosaïquement, il y a eu la collection « Premières lectures en allemand » du Livre de poche, qui m’a permis de découvrir un petit volume de nouvelles à la couverture moyennement attrayante, mais qui doit être le premier bouquin que j’ai lu dans la langue de Goethe (avec notes explicatives, une formule que j’ai toujours trouvée formidable pour commencer la lecture en langue étrangère).

En russe, selon le même principe (« Lire en russe »), c’était un volume de nouvelles contemporaines et, simultanément, La Dame de pique, déjà lu et relu en français des années auparavant et qui m’a re-valu des heures de ravissement en russe (si-si, de ravissement).

Et puis il reste l’italien. Une belle découverte, le premier bouquin en italien : La Tregua de Primo Levi. Je me souviens m’être dit que c’était drôlement chouette de pouvoir lire des oeuvres comme ça après quelques mois d’italien, sans notes explicatives et sans traduction en regard (je dis souvent « drôlement chouette », dans ma tête, c’est un tic regrettable). J’ai aussi découvert Natalia Ginzburg dans le texte à la même époque, avec beaucoup de plaisir. Pas de couvertures vintage à présenter ici, il s’agissait d’emprunts à la bibliothèque universitaire.

Bon, Filourdi le dégourdi ne vaut peut-être pas Primo Levi ou Pouchkine en termes de profondeur philosophique, mais ça m’a l’air d’être un bon début… Et vous, lecteurs amateurs de langues d’ailleurs, gardez-vous un souvenir ému de vos premières lectures ?

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