Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Qu’est-ce qu’on traduit exactement, quand on traduit un documentaire ? (ép. 3)

Reprenons, lecteur bien-aimé.

(Episode 1)
(Episode 2)

On traduit, donc.

Soit.

Mais pas que.

Enfin, disons qu’il faudrait déjà s’entendre sur le sens du mot « traduire ». Ouais, je dois vous prévenir que la nuit va être longue.

Je veux dire qu’on ne se contente pas de se saisir d’une phrase dans une langue étrangère et d’en chercher la meilleure formulation possible en français en respectant le sens, le style, et tout et tout. Mais d’ailleurs, à la réflexion, la traduction se limite rarement à ça.

On adapte, aussi.

(C’est pour ça que certains traducteurs de l’audiovisuel tiennent beaucoup à l’appellation « traducteur/adaptateur » – mais d’autres s’en fichent complètement, à vrai dire. Quelqu’un qui se reconnaîtra me faisait remarquer récemment que les auteurs de doublage semblaient se considérer plus comme des « adaptateurs » et les auteurs de sous-titrage, davantage comme des « traducteurs ». En voice-over, ça me semble variable. Mais toujours est-il qu’on adapte. (Et j’arrête les apartés, z’en pensez quoi ? (Ça casse un peu le rythme, quand même.)))

On adapte, donc.

Et c’est là que ça devient un peu casse-gueule, car il faut trouver un équilibre assez subtil.

D’un côté, il y a l’Œuvre, le documentaire tourné par un réalisateur, qui, théoriquement, n’est pas interchangeable avec un autre documentaire tourné par un autre réalisateur. Je dis « théoriquement », car il y a des séries documentaires qui semblent vraiment tournées « à la chaîne » et on ne tombe pas tous les jours sur de beaux Documentaires où l’Auteur exprime tout son Talent d’Individu (oui, j’aime bien les majuscules, aujourd’hui (et j’ai dit que j’arrêtais les apartés (boudiou de boudiou))).

De l’autre côté, il y a la Chaîne, média de masse et robinet à images, qui achète des programmes pour remplir sa grille, a sa propre ligne éditoriale et se fait une idée très précise du style de ce qu’elle veut diffuser. Alors si les programmes qu’elle a achetés ne correspondent pas audit style en VO, eh bien elle s’attend quand même à ce qu’ils y ressemblent en VF, c’est comme ça.

Et au milieu, il y a le traducteur-adaptateur et les contraintes d’écriture, implicites ou explicites, qu’on lui impose ou qu’il s’impose.

Cela veut dire qu’un même documentaire traduit pour, disons, France 5, Arte et Planète, ne donnera pas tout à fait le même résultat. Certaines chaînes préfèrent refaire traduire un programme dont il existe déjà une traduction, afin d’être sûres que leur version correpondra bien à leur ligne éditoriale (ou parce qu’elles n’ont pas pris la peine de se renseigner pour savoir s’il existait déjà une VF prête à diffuser). Un échange de mails avec une consoeur m’a récemment permis d’apprendre que certaines séries documentaires diffusées à la fois sur National Geographic et sur France 5, par exemple, étaient retraduites. De la même façon, Arte semble tenir à avoir sa propre traduction pour chaque documentaire diffusé : j’ai déjà retrouvé sur France 5 l’un ou l’autre des documentaires que j’avais traduits pour la chaîne Kulturelle, mais avec une autre traduction. Etc., etc.

Bon, fort bien. Mais comment savoir le ton à adopter, le degré d’adaptation, tout ça tout ça ?

Parfois, le traducteur a des consignes. Elles peuvent venir de son client direct (laboratoire de postproduction, « labo » de son petit nom) ou du client final (chaîne). Mais généralement, elles vont toutes à peu près dans le même sens, sauf qu’elles sont présentées de façon un peu différente (et parfois avec de belles couleurs).

Labo 1 :

Labo 2 :

Chaîne bien connue des téléspectateurs :

Parfois, il n’y a pas de consignes. Pour la chaîne Kulturelle qui me fait vivre, par exemple, je n’ai jamais eu entre les mains de « brief artistique » comme celui qui est reproduit ci-dessus. Tout au plus une petite indication lapidaire sur le bon de commande, du style « alléger » ou « laisser respirer les ambiances » (ah…). Pour autant, la chaîne attend exactement le même exercice des traducteurs qui travaillent pour elle : adapter, adapter, adapter, dès que c’est nécessaire.

Grosso modo, les consignes sont donc assez proches. Alors concrètement, comment sait-on ce qu’on doit écrire pour la chaîne A ou la chaîne B ? Ça consiste en quoi, adapter ?

Eh ben, ça dépend. Il y a des « mesures d’adaptation » qui tombent sous le sens, d’autres qui sont nettement plus discutables.

Pour le détail, on verra ça la prochaine fois, il se fait tard.

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