Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Mot du jour (6)

Nouveau mot du jour – et cette fois, je suis à peu près sûre qu’il ne sera pas nouveau pour grand-monde :

esperluette

Contexte : De 7h (enfin, quand je suis levée) à 15-16h, en semaine, j’écoute France Inter à peu près en non-stop, lecteur radiophile de ce blog. Une habitude acquise, je n’écoute la radio que depuis une petite dizaine d’années. Mais il y a des plages horaires ou je zappe (on dit « zapper », pour la radio ?) sur RFI histoire de changer un peu. Notamment à l’heure du célébrissime « Jeu des mille euros », auquel je n’arrive pas à m’intéresser (et puis le « tim-tim-tim-tim… » métallique qui précède les réponses me stresse). Sauf que l’autre jour, j’étais distraite et je suis restée branchée sur Inter par hasard ou par erreur. Et j’ai entendu cette question fascinante : « Qu’est-ce qu’une esperluette ? » Là, le petit jeunot candidat qui avait l’air d’un sacré premier de classe tellement il connaissait toutes les réponses a débité à toute allure la définition de ce joli mot. Trop fort, le gars.

Ce n’est pas : une variété de piment d’Espelette.

C’est :
Le gracieux signe typographique qui représente le mot « et ».

Selon ce blog de graphiste,

L’esperluette n’a pas été inventée par France Telecom pour faire la promotion de l’Internet, mais existe depuis le Moyen-Age.

A cette époque, elle est utilisée par les moines copistes qui ont ligaturé les deux lettres de la conjonction « et » pour gagner du temps. On retrouve des utilisations de l’esperluette dans la langue écrite dès l’époque romaine.

Une hypothèse consiste à expliquer son nom par « espère-lu-et » où l’on espère que le lecteur lambda lit la conjonction « et », tandis que le Dico du Net explique doctement son utilisation comme « variable de langage informatique » en faisant remonter sa découverte à un papyrus contemporain de l’époque romaine. Considérée pendant quelques temps comme 27e lettre de l’alphabet, elle fut appelée perluette, mais là encore, les avis divergent.

Du fait de ses origines controversées, l’esperluette a perdu ses titres de noblesse : bannie de la langue écrite, elle porte désormais le nom de « et commercial » et a finalement trouvé grâce dans la communication.

Plus généralement, l’esperluette :
– fascine les amateurs de typographie, les graphistes et les typographes.
– inspire également les artistes plasticiens.
– donne son nom à une charmante petite maison d’édition, avec une orthographe un chouia différente.
– donne aussi son nom à une association de calligraphie qui fait de bien belles choses.
– permet enfin d’imaginer de ravissantes boucles d’oreille que je m’offrirais bien, tiens:

Ci-dessous, pour le plaisir des yeux : une composition d’Alain Hurtig, maquettiste et typographe.


Le mea culpa et le petit plus linguistique de Tatie Les Piles :

Pour une fille qui fait un métier où la typographie a quand même une certaine importance, et qui a soi-disant fait de la calligraphie toute son adolescence, j’avoue que c’est un peu léger de découvrir ce terme à 29 ans. Mais que veux-tu, lecteur moliérophile de ce blog : jusqu’à présent, je faisais des esperluettes sans le savoir.

Par ailleurs, esperluette se dit « ampersand » en anglais (pour « and per se and »), mais son nom allemand est d’un décevant fini : « Et-Zeichen » (avec ses variantes toutes plus poétiques les unes que les autres, selon Wikipedia : « Und-Zeichen; ugs. Kaufmanns-Und, kaufmännisches Und, Firmen-Und »).

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