Les Piles intermédiaires

Le quotidien bordélique d'une traductrice à l'assaut des idées reçues. (Et des portes ouvertes, aussi, parfois.)

Berlinsehnsucht (ou : Tout me ramène à Berlin, ces temps-ci)

« Sehnsucht » est l’un de mes mots préférés de la langue allemande en tant que germanophile. Et l’un de ceux que je redoute le plus en tant que traductrice. Ce mélange de désir et de nostalgie ne se traduit jamais deux fois de suite de la même façon – et il est parfois carrément impossible à traduire dans toute sa richesse, à mon grand regret.

Mais c’est vrai, les signes sont là : tout me ramène à Berlin, ces temps-ci.

Ça a commencé par la nouvelle traduction de Berlin Alexanderplatz par Olivier Le Lay, parue au printemps. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce monument de la littérature allemande, c’est en deux mots un roman foisonnant, fabuleux et à première lecture intraduisible (encore un). Assouline en a parlé il y a quelques mois dans un billet fort joliment intitulé Retour en majesté d’Alfred Döblin.

Ça a continué avec un article paru dans Télérama (personne n’est parfait) qui décrivait avec une grande justesse la déception du lecteur fan de Berlin Alexanderplatz arrivant de nos jours sur cette place mythique : disparu, le fourmillement pittoresque décrit dans le roman. Ne reste aujourd’hui qu’une place immense, un peu impersonnelle, reconstruite à la mode socialiste après les bombardements de la deuxième guerre mondiale.

Se remémorer en vrac des bribes de pages lues et sentir le poids de l’histoire alentour. Essayer, en vain, d’apprécier cette architecture ex-futuriste, roide, grandiloquente. Et marcher encore. Lentement. S’imprégner des sons, de cette lumière si vive en cette fin de printemps resplendissant. S’interroger sur ce que l’on va découvrir, sur ce que l’on sera capable d’entrapercevoir, là-bas, sur cette place au nom emblématique – gens, ambiances. Espérer y capter une image des années 30, de ce Berlin de l’entre-deux-guerres bouillonnant, entre misère, révolte et nazisme bientôt triomphant. Et, pour corser l’improbable aventure, s’imaginer y croiser des êtres et des personnages de fiction, tous fantômes liés par une même humanité tenace, si fragile.

Article « Les fantômes de l’Alexanderplatz », Martine Laval, Télérama n° 3106

Puis il y a eu l’exposition consacrée au Bauhaus dont j’ai entendu parler à la radio début août. Ayant pris l’émission en cours, j’ai eu l’espoir un court instant que cette expo se passe à Paris… et puis non, bien sûr. Elle n’a pas lieu à l’habituel musée du Bauhaus de Berlin (musée que j’avais trouvé un peu décevant quand je l’avais visité en 2003 en raison d’un accrochage bien poussiéreux), mais dans le Martin-Gropius-Bau, autre lieu d’exposition berlinois.

Le Bauhaus, c’est la grande passion de mes 18 ans, un courant novateur du début du vingtième siècle qui a révolutionné les conceptions du design et de l’architecture en son temps (en me relisant, je me rends compte qu’on pourrait comprendre que j’avais 18 ans au début du vingtième siècle : il n’en est rien). Une école où enseignèrent Oskar Schlemmer, Vassily Kandinsky, Paul Klee, Mies van der Rohe ou encore Walter Gropius himself. Un petit coin de progressisme et de modernité extrême, une étrange communauté baba-cool avant l’heure dans une Allemagne qui était sur le point de très mal tourner. Bref, un mouvement et un phénomène qui continuent de me fasciner pour diverses raisons – et une expo que je rêve de voir.

Oskar Schlemmer, Bauhaustreppe (l’escalier du Bauhaus)

N’oublions pas la P’tite Maikress qui annonçait fin juillet sur son blog qu’elle partait bosser son allemand à Berlin pendant un mois. Ouais ! Tout un grand mois ! A Berlin ! Franchement, y en a qui ont de la chance.

Et puis mine de rien, on approche de la commémoration des vingt ans de la chute du Mur. La liste des manifestations organisées à cette occasion est longue comme le bras, il y a de quoi faire.

Berlin me manque, quoi.

Malheureusement, pas de week-end en vue pour partir à Berlin. Pour l’instant, Angoulême, Quimper et Hambourg sont mes priorités – et encore, je ne suis pas sûre d’arriver à concrétiser ces trois déplacements, rapport à ma léthargie habituelle et aux mangeurs de temps qui m’a déjà rattrapée, à peine rentrée de vacances.

Affaire Sehnsucht à suivre, donc…

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